13 avril 2005
manif du 08.01.05 la tchaux: Témoignages de manifestant
Lorsque l’UDC n’est pas la bienvenue « Vos papiers, s’il vous plaît. » Ca alors ! On ne peut pas dire que la Jeunesse SolidaritéS soit accueillie à bras ouverts lorsqu’elle se déplace dans le haut du canton ! Arrivés à la gare de la Chaux-de-Fonds, nous nous voyons interpellés par un groupe de flics presque aussi nombreux que nous qui émettent le désir de vérifier nos identités et de nous fouiller. Après avoir pris connaissance de nos calicots – « Les amibes vous saluent », en référence à la dernière campagne diffamatoire des Jeunesses UDC Valais – et du fond de nos sacs, ils nous laissent repartir. Nous avons bien fait de venir avec une heure d’avance : cette petite fouille avait vraisemblablement pour but de nous retarder et de laisser aux illustres pontes de l’UDC le temps de quitter tranquillement les lieux. Car, j’oubliais de le préciser, c’est aujourd’hui, 8 janvier 2005, que se réunissent les délégués UDC au niveau national ; et où donc ? dans la ville de la Chaux-de-Fonds, bastion historique du syndicalisme et des idées progressistes ! Seulement, les Chaux-de-Fonniers ne l’entendaient pas de cette oreille, et ils ont lancé un appel à venir manifester notre résistance face aux idées ultra-libérales et xénophobes de l’Union de Désinformation Civique. Les populistes bruns ne débarquaient pas dans notre République en terrain conquis, et ils allaient l’apprendre à leurs dépens ! Nous arrivons devant la halle de Polyexpo à l’intérieur de laquelle se trouvent Perrin, Maurer, Fatteberg, Hainard, Stamm, Guyot et tous leurs apôtres – Blocher, lui, a pris congé plus tôt, visiblement peu désireux de nous rencontrer. A l’extérieur se dressent des barrières de sécurité qui forment un large enclos autour du bâtiment, bordé d’une horde de flics anti-émeutes. Certaines routes sont bloquées, et L’Express du matin conseille aux riverains de limiter leurs déplacements : c’est le couvre-feu en pleine journée. Les manifestants massés autour des barrières sont près de trois cent, pour une centaine de flics – le rapport de proportion est vite fait. Soudain, les portes de la halle s’ouvrent ; le congrès est terminé, et les délégués UDC, cravatés et cigare au bec, sortent. Immédiatement, le tumulte s’élève, on brandit les poings, on entend crier : « Blocher ! Perrin ! Assassins des familles immigrées et des droits des ouvriers ! » Plusieurs délégués, aucunement intimidés, s’approchent des barrières pour nous observer comme des bêtes en cage, bien entourés de leur garde prétorienne. C’est à peine s’ils ne nous crachent pas à la figure la fumée de leur cigare. Cette attitude de hauteur et de mépris fait monter la colère d’un cran, les premières boules de neige fusent, et c’est bientôt une pluie de projectiles blancs qui s’abat indifféremment sur les délégués, leurs voitures et les flics. Certains, poussés plus loin par leur humeur, s’empareront de pierres sur un muret et de pieux en bois pour les envoyer sur nos ennemis ; plusieurs de nos militants ont tenté de dissuader ces lanceurs de pierres, mais en vain – nous ne sommes pas partisans de ces méthodes, mais il est toujours extrêmement délicat de porter des jugements dans ce type de situations. Les flics ripostent immédiatement à ces attaques en ouvrant les vannes alimentant deux jets d’eau qu’ils dirigent contre nous. La douche froide n’épargne personne dans les premières lignes. Un gamin qui ne doit pas avoir plus de douze ans se couche à plat ventre dans la neige pour éviter le jet ; un flic le remarque, dirige sa lance vers lui et l’arrose en plein visage pendant plusieurs secondes, jusqu’à ce que le petit parvienne à s’éloigner – les Gavroche d’aujourd’hui n’apitoient pas plus les gendarmes que ceux d’hier. A l’intérieur de l’enclos, les délégués UDC réagissent de deux manières : il y a ceux qui fuient, qui se réfugient dans leurs voitures, et il y a ceux, les présomptueux, les aboyeurs, qui nous insultent, qui approchent leurs mufles renfrognés des barrières pour mieux nous toiser, comme un roi toiserait une plèbe trop remuante, ceux qui, tel cet honorable vieillard, ramassent des pierres et nous les lancent (sans, naturellement, que les flics les en empêchent), ou tel cet autre qui nous gratifie avec un sourire hargneux d’un double bras d’honneur. Cela fait bien longtemps que ces tristes individus tentent d’acquérir un statut de politiciens respectables ; nous voyons qu’ils en sont encore loin. Excédé, un autre délégué s’approche d’un flic, et lui demande, rouge de colère : « Hé bien ! Qu’est-ce que vous attendez pour lâcher les chiens ? » Oui, lâcher les chiens sur le peuple, voilà ce que désire ce parti qu’une minorité abusée voudrait porter au pouvoir ! Mais notez bien que nous n’oublions rien, que nous nous souviendrons de ces insultes et de ces attitudes, et que nous saurons les rappeler en temps voulu. A l’extrémité de la zone, certains flics en viennent aux mains ; nous voyons un homme âgé se faire bousculer et jeter à terre. Puis, soudain, un gros nuage blanc se répand autour de nous : ce sont sur des familles, des femmes et des enfants qu’ils lâchent des gaz lacrymogènes ! Nos foulards serrés sur le visage, nous courrons hors du nuage, aveuglés, toussant et crachant, et reprenons notre souffle quelques instants. Ce genre de ripostes n’est jamais très agréable, mais il en faudra plus pour nous démobiliser. Nous revenons en groupes épars par un autre côté. Un des flics, s’emparant d’un mégaphone, beugle : « Je vous ordonne de vous disséminer ! » A ces mots, l’hilarité est générale. Nous comprenons maintenant pourquoi il est si difficile de faire parler un flic : il préfère réfléchir à deux fois avant de lâcher des absurdités de ce genre… Nous décidons d’aller défiler sur l’Avenue Léopold-Robert, toujours suivis de près par des pandores aux aguets et des bergers allemands. En chemin, nous apprenons que deux camarades ont été arrêtés à la gare et emprisonnés ; nous marchons alors jusque devant l’Hôtel de Ville pour réclamer leur libération. Après de longues négociations, la police relâche les deux jeunes, exigeant en échange la dissolution de la manifestation. Nous n’avons de toutes façons plus rien à faire ici : les délégués UDC sont tous repartis, et ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils sortiront de leurs terriers pour confronter leurs idées bourgeoises à la rue. Mais qu’ils se le disent, ils nous trouveront toujours sur leur chemin, aussi et surtout dans cette République de Neuchâtel où la population a plus d’une fois clairement montré que les blochériens n’étaient pas les bienvenus. Courage, mes amis, la résistance ne fait que commencer. David L’Epée, Philippe Lüthi, Dimitri Paratte, Yohan Treichel, Aliocha Reding, Quentin L’Epée, Cyril Huguenin, pour la Jeunesse SolidaritéS (www.lemalin.tk)
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